BILAN 2024 ET PERSPECTIVES 2025 POUR CAPGEMINI INFRA
Les expertises commandées par le CSE apportent quelques éléments intéressants. Le chiffre d’affaires managé* a reculé de -4,7 % en 2024 par rapport à 2023. Bien que nettement en deçà de l’évolution du marché français Infra (légèrement positif en 2024), Capgemini reste numéro 1.
Pour 2025, la direction prévoit une hausse de +1,7 %, alignée sur le marché, mais hypothétique vu le 1er semestre négatif.
La rentabilité baisse, le taux de marge opérationnelle nette (GOP) est passé de 7,3 % du chiffre d’affaires en 2023 à 5,2 % en 2024. Elle a été plombée par des problèmes de delivery : l’expert a calculé que sans les pertes sèches enregistrées sur le plus gros contrat, ce taux de GOP s’établirait à… 9 %. Pour 2025, la direction table sur une rentabilité en forte hausse, pour s’aligner sur celle des autres entités françaises du groupe, avec un taux de GOP proche de 10 %. Pour cela, elle mise officiellement sur des leviers comme l’automatisation/industrialisation (un vieux serpent de mer), une réduction de l’intermission (la direction estime qu’il y a environ 150 salarié·es en intermission de trop !), une croissance exceptionnelle de l’activité cyber (la méthode Coué : voir ci-après) et des gains de productivité engendrés par l’Intelligence Artificielle.
La direction ne s’étend pas sur d’autres leviers de rentabilité qui sont pourtant largement pratiqués par le MEDEF en général et par Capgemini en particulier :
- la « modération salariale » : une grande majorité de salarié·es a subi ces dernières années une perte massive de pouvoir d’achat
- la baisse des effectifs : -10 % de 2022 à 2024, -4 % envisagé par l’expertise pour 2025, qui contribue à dégrader les conditions de travail (plus de taches pour les équipes restantes qui compensent), mais pour la direction c’est tout bénef, cela baisse mécaniquement la masse salariale qui représente le principal « coût » pour l’entreprise,
- le recours accru à l’« offshore » : les effectifs « offshore » (Inde, Pologne, etc.) sont passés de 30 % des effectifs CSS totaux en 2022 à 34 % en 2024, sans compter le « nearshore », l’Espagne par exemple, ou un ingénieur d’une ESN « coûte » moitié moins cher qu’en France.
* le chiffre d’affaires managé mesure mieux l’activité réelle de l’entité que le chiffre d’affaires total, puisqu’en sont déduites les refacturations avec les autres entités du groupe.
CYBERSÉCURITÉ : DES LENDEMAINS QUI CHANTENT ?
Le constat de l’expertise est sévère mais factuel : « Capgemini a totalement décroché par rapport au marché en 2024 ». Il faut dire que le chiffre d’affaires de Capgemini Infra en cybersécurité a dévissé de -5 % en 2024, alors que le marché a progressé de +11 %. Plus alarmant, c’est la partie « conseil et projets » dans P&C, la plus porteuse commercialement et surtout la plus rentable, qui a perdu -7 %, alors que la partie « run » dans MS a reculé de -1 %. Mais pour la direction, l’objectif est toujours d’être numéro 1 en France en 2028 (actuellement Capgemini est 4e, loin derrière Orange, Atos et Thalès), en passant de 600 actuellement à 1000 consultant·es. La quadrature du cercle avec la politique salariale de Capgemini : un élu a même déclaré que l’écart de salaire avec la concurrence pour un ingénieur en cybersécurité est de l’ordre de 15000 euros annuels.
ASTREINTES : L’IMAGINATION DE LA DIRECTION N’A PAS DE LIMITES !
La direction a présenté auprès des représentants de proximité des périmètres concernés un projet pilote de réorganisation du travail pour les salarié·es du LDC Alpes et de MS Aquitaine qui font des astreintes. La semaine de travail s’effectuerait sur 4 jours au lieu de 5, et ce sans réduction du temps de travail. Le mercredi serait défini comme jour de repos lorsque le salarié est d’astreinte le week-end. La durée quotidienne de travail serait étendue jusqu’à 9 h 10 avec une amplitude de 10 h 10 : cela va à l’encontre de la revendication historique du mouvement ouvrier dans beaucoup de pays d’une journée de travail maximale de 8 h. Tout cela engendre un impact négatif sur les conditions de travail des salarié·es, qui subissent déjà le fractionnement du temps de repos imposé par Capgemini au mépris de la loi et le sous-dimensionnement chronique des équipes.
La direction a l’obligation légale de consulter le CSE en cas de modification des horaires ou des conditions de travail. La CGT a donc envoyé un courrier à la direction demandant la tenue d’un CSE extra suivi d’une consultation du CSE. Auparavant, elle avait pris soin de solliciter l’ensemble des élu·es des autres organisations syndicales pour se joindre à sa demande : personne n’a répondu…
IA : UNE UTILISATION RAMPANTE
Les élu·es ont appris grâce à l’expertise que 7 salarié·es de Infra travaillent sur l’IA (Intelligence Artificielle), en lien avec une centaine de consultant·es à l’échelle de la GBL (monde). L’IA est utilisée aujourd’hui couramment chez Infra dans au moins trois domaines liés à la documentation et à la gestion d’incidents. De nouvelles briques sur d’autres sujets sont également en cours de développement. Capgemini implémente aussi des outils IA au stade pilote ou en production chez 5 clients avec leur accord. La direction voudrait très rapidement pousser beaucoup plus loin l’utilisation de l’IA, même si les gains de productivité attendus ne sont pas mirobolants, de l’ordre de 2 à 5 %.
Depuis longtemps, la CGT réclame, conformément à la loi, une consultation du CSE sur l’utilisation de l’IA et ses conséquences sur les conditions de travail des salarié·es. La direction a (enfin) évoqué la possibilité d’une consultation au niveau du CSEC. Les élu·es CGT ont répliqué qu’une consultation du CSE Infra s’imposait du fait des métiers spécifiques de l’Infra.
Sur les déplacements professionnels, l’objectif 2024 était une diminution de -5,5 % en tonnes de CO2 émises par salarié·e par rapport à 2023. Selon les chiffres de la direction, le résultat n’a été que de -2,2 %. La principale cause, ce sont les réunions internationales du groupe, qui concernent surtout les cadres dirigeants. Pour 2025, la direction s’est bien gardée de tailler dans les ACE et autres kick-offs, elle a tout simplement aligné son objectif sur le réalisé de 2024 ! De plus, elle a changé le thermomètre : il ne s’agit plus maintenant de calculer le nombre de TCO2 par salarié·e mais le total de TCO2 pour l’ensemble des salarié·es de chaque pays.
L’avocat du CSE sort manifestement de son rôle. Il met en doute la capacité des élu·es du CSE à analyser une liasse fiscale : or des élu·es, CGT mais pas que, ont suivi des formations pour y trouver des éléments comptables aussi instructifs que les provisions prévues par la direction (pour se prémunir des redressements fiscaux ou des actions intentées par des salarié·es aux prud’hommes), le CIR (crédit d’impôt recherche) versé par l’État, les sommes astronomiques (« fees ») versées au groupe par les filiales françaises, etc.








A cette époque de l’année, il y a l’exercice rituel dit des « orientations stratégiques » : la direction communique sur les résultats économiques de l’année écoulée et fait des projections sur les années qui viennent. Sur Capgemini Infra, on constate une différence importante entre le chiffre d’affaires prévu et celui effectivement réalisé. A croire que la direction fait ses prédictions au doigt mouillé ou joue à la loterie. A noter toutefois qu’elle a été prudente pour 2025, tablant sur une stagnation du chiffre d’affaires. Pour 2028, tous les espoirs sont permis puisque la direction pronostique un chiffre d’affaires en hausse de… +14 % par rapport à celui de 2024.
Pour la rentabilité, on observe un phénomène analogue au chiffre d’affaires. Sauf que là, la réalisation est systématiquement inférieure à la prévision et que les écarts sont de plus en plus grands. Le fameux taux de GOP* s’éloigne de plus en plus des 10 % espérés année après année. Est-ce une conséquence de cela, en tout cas la direction n’a pas voulu se mouiller pour 2025.La rentabilité baisse, plombée, de l’aveu même de la direction, par des gros problèmes de delivery sur certains grands comptes. Mais n’y voyez pas là un début d’autocritique de la direction dans sa gestion des affaires. A noter que, au-delà d’un discours plutôt catastrophiste de la direction, Capgemini Infra est toujours nettement bénéficiaire. Si on prend en compte le chiffre d’affaires dit « managé » (qui mesure mieux l’activité réelle de l’entité que le chiffre d’affaires total, puisque en sont déduites les refacturations avec les autres entités du groupe), le taux de GOP* s’élève à 7,9 % en 2023 et à 6,5 % en 2024. Certes pas assez pour déclencher de l’intéressement sur Infra, en application de l’accord d’entreprise sur l’intéressement signé par des organisations syndicales autres que la CGT.
Depuis plusieurs années, la direction claironne que la cybersécurité est un fleuron de Capgemini, que ça va dynamiser son chiffre d’affaires, rapporter de nouveaux contrats, etc. Comme souvent, la com ne cadre pas avec la réalité. Après l’explosion post-covid de l’année 2022, le chiffre d’affaires de la cybersécurité est en chute libre : -25 % entre 2024 et 2022, c’est sûrement ça que la direction appelle le « cyberboost » !