RSE : GREENWASHING, FEMINISM WASHING, PINKWASHING…
La direction a présenté le bilan de sa politique RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) en 2024 et ses vœux pour 2025. Cela concerne essentiellement la partie environnementale. La direction s’est félicitée du plan de mobilité sur 10 sites principaux, du lancement d’un appel d’offre pour trouver un opérateur de covoiturage national, de la campagne semaine à vélo en mai, etc. Vous reprendrez bien un peu de greenwashing, après la négociation sur la mobilité durable !
Est exclu du bilan carbone tout le matériel informatique (PC, écran, data center, etc.). Leur contribution est pourtant très loin d’être négligeable. Les achats sont globalisés au niveau du groupe et la direction n’a, parait il, pas les moyens de les chiffrer pays par pays. Au niveau de la France, ce sont donc principalement les déplacements professionnels et les trajets domicile travail qui sont comptabilisés et qui représentent selon la direction respectivement 52% et 33% des émissions de CO2.
Sur les déplacements professionnels, l’objectif 2024 était une diminution de -5,5 % en tonnes de CO2 émises par salarié·e par rapport à 2023. Selon les chiffres de la direction, le résultat n’a été que de -2,2 %. La principale cause, ce sont les réunions internationales du groupe, qui concernent surtout les cadres dirigeants. Pour 2025, la direction s’est bien gardée de tailler dans les ACE et autres kick-offs, elle a tout simplement aligné son objectif sur le réalisé de 2024 ! De plus, elle a changé le thermomètre : il ne s’agit plus maintenant de calculer le nombre de TCO2 par salarié·e mais le total de TCO2 pour l’ensemble des salarié·es de chaque pays.
Comme les effectifs en France baissent, cela devrait faciliter la réalisation de l’objectif.
Sur les déplacements domicile-travail, la direction annonce une diminution de -54% de TCO2/salarié·e en 2024 par rapport à l’année de référence qui est 2019. Elle l’a estimé à partir d’une enquête. Or seulement 23% des salarié·es y ont répondu : quelle valeur scientifique accorder à cette méthode, quelle est la marge d’erreur ? La direction n’y voit pas de problème : pour elle, tous les voyants sont au vert et l’objectif de -55% pour 2030 est à portée de main !
L’acronyme RSE comprend aussi les aspects inclusion, diversité, etc. La direction se fait de la pub en listant les évènements, internes ou externes, sponsorisés par l’entreprise. Mais parfois il y a des chiffres, or les chiffres sont têtus. Par exemple, l’objectif 2024 sur les recrutements inclusifs n’a été réalisé qu’à 57%. Pas grave, la direction a revu en conséquence largement à la baisse son objectif pour 2025 : ainsi tous les espoirs sont permis pour l’atteindre !
LA DIRECTION S’ASSOIT SUR LE CODE DU TRAVAIL !
La direction a envoyé le 2 juin dernier un message à l’ensemble des salarié·es sur les formations « obligatoires » en cybersécurité. Dans ce mail, il était indiqué que la nonréalisation de ces modules entraînera une désactivation du compte Capgemini et que les jours non travaillés en conséquence de cette désactivation ne seront pas rémunérés. Rappelons que le code du travail en France interdit toute sanction financière de nature disciplinaire de l’employeur à l’encontre d’un·e salarié·e.
Devant le silence assourdissant des autres organisations syndicales, la CGT a lu au CSEC du 10 juin un courrier que le DSC CGT avait adressé à la direction et qui dénonçait l’illégalité d’une telle communication. La direction a alors répondu qu’elle enverrait un mail rectificatif.
Cet erratum a été fait le 13 juin. A été retirée la mesure la plus scandaleuse, la non rémunération des jours non travaillés causés par la désactivation du compte Capgemini. Pour autant, ce rectificatif contient toujours des éléments problématiques. D’une part, au sens du code du travail, les seules formations obligatoires sont celles nécessaires pour la santé et la sécurité des salarié·es : au-delà de l’importance qu’elles peuvent avoir dans nos métiers, les formations en cybersécurité n’en font pas partie. De plus, la désactivation du compte Capgemini aura pour conséquence d’empêcher les salarié·es de fournir le travail demandé par l’entreprise, ce qui est assimilable à une exécution déloyale par l’employeur du contrat de travail signé avec le ou la salarié·e. Enfin, le code du travail impose à l’employeur de ne prendre une sanction à l’encontre d’un·e salarié·e qu’à l’issue d’une convocation à un entretien ou le ou la salarié·e peut se faire accompagner : n’hésitez pas à contacter vos représentant·es CGT.
IL N’Y A PAS DE PETIT PROFIT !
La direction annonce son intention de fermer le site d’Aubière, dans la banlieue de Clermont-Ferrand et de transférer en début d’année prochaine ses 195 salarié·es dans Clermont-Ferrand même. Le projet immobilier peut avoir son utilité, le site actuel étant ancien et excentré, le nouveau site sera neuf et situé dans le centre ville. Mais comme d’habitude, la direction veut que ça rapporte : en réduisant drastiquement le nombre de postes de travail (-52%!), elle compte réaliser une économie de l’ordre de 100 000 euros annuels sur les coûts immobiliers !
L’avocat du CSE sort manifestement de son rôle. Il met en doute la capacité des élu·es du CSE à analyser une liasse fiscale : or des élu·es, CGT mais pas que, ont suivi des formations pour y trouver des éléments comptables aussi instructifs que les provisions prévues par la direction (pour se prémunir des redressements fiscaux ou des actions intentées par des salarié·es aux prud’hommes), le CIR (crédit d’impôt recherche) versé par l’État, les sommes astronomiques (« fees ») versées au groupe par les filiales françaises, etc.








A cette époque de l’année, il y a l’exercice rituel dit des « orientations stratégiques » : la direction communique sur les résultats économiques de l’année écoulée et fait des projections sur les années qui viennent. Sur Capgemini Infra, on constate une différence importante entre le chiffre d’affaires prévu et celui effectivement réalisé. A croire que la direction fait ses prédictions au doigt mouillé ou joue à la loterie. A noter toutefois qu’elle a été prudente pour 2025, tablant sur une stagnation du chiffre d’affaires. Pour 2028, tous les espoirs sont permis puisque la direction pronostique un chiffre d’affaires en hausse de… +14% par rapport à celui de 2024.
Pour la rentabilité, on observe un phénomène analogue au chiffre d’affaires. Sauf que là, la réalisation est systématiquement inférieure à la prévision et que les écarts sont de plus en plus grands. Le fameux taux de GOP* s’éloigne de plus en plus des 10 % espérés année après année. Est-ce une conséquence de cela, en tout cas la direction n’a pas voulu se mouiller pour 2025.La rentabilité baisse, plombée, de l’aveu même de la direction, par des gros problèmes de delivery sur certains grands comptes. Mais n’y voyez pas là un début d’autocritique de la direction dans sa gestion des affaires. A noter que, au-delà d’un discours plutôt catastrophiste de la direction, Capgemini Infra est toujours nettement bénéficiaire. Si on prend en compte le chiffre d’affaires dit « managé » (qui mesure mieux l’activité réelle de l’entité que le chiffre d’affaires total, puisque en sont déduites les refacturations avec les autres entités du groupe), le taux de GOP* s’élève à 7,9 % en 2023 et à 6,5 % en 2024. Certes pas assez pour déclencher de l’intéressement sur Infra, en application de l’accord d’entreprise sur l’intéressement signé par des organisations syndicales autres que la CGT.
Depuis plusieurs années, la direction claironne que la cybersécurité est un fleuron de Capgemini, que ça va dynamiser son chiffre d’affaires, rapporter de nouveaux contrats, etc. Comme souvent, la com ne cadre pas avec la réalité. Après l’explosion post-covid de l’année 2022, le chiffre d’affaires de la cybersécurité est en chute libre : -25% entre 2024 et 2022, c’est sûrement ça que la direction appelle le « cyberboost » !
Nous avons eu droit aux Orientations Stratégiques de l’entreprise par le biais d’une présentation de belles intentions genre : « on va s’améliorer là où on est pas bon et puis vu le contexte politique international, la défense il faut absolument y être ! L’écologie c’est vachement joli ! Et l’IA on n’y coupera pas… » Mais découvrons les cartes de madame Irma.
La direction reconnaît que son objectif est purement financier, il ne faut pas dépasser l’enveloppe prévue : la suppression de l’inégalité salariale femme homme attendra ! Devant l’indignation des élu·es, elle rappelle que le montant de cette enveloppe (il est très bas, 0,04 % de la masse salariale!) est fixé par l’accord égalité pro. Quand la CGT pointe la responsabilité des organisations syndicales signataires de cet accord, la direction… prend leur défense. Même en prenant des critères d’application plus justes (des groupes de salarié·es plus grands, basés sur la codification de la convention collective et pas sur les grades Capgemini, des seuils d’écart moyen pondéré par groupe bien moins élevés, etc.), la méthode des comparatios exclue forcément des groupes, alors que rien ne permet de supposer que les femmes qui sont dans ces groupes ne sont pas sous-payé·es par rapport à leurs collègues hommes.