#RuptureConventionnelle

Capgemini : par la fenêtre ou par la porte ?

Le contexte : à l’aube du millénaire, France Télécom devient Orange.

Commençons donc par resituer ce que nous allons développer, pour les plus jeunes de nos collègues, ou pour celleux qui auraient oublié cet épisode extrêmement violent et malheureux de l’histoire sociale en France.

On est au début du millénaire. Internet est en train de tout bouleverser, et pour France Télécom, cela implique une restructuration énorme, principalement liée à la privatisation actée dans les années 90 et la transformation des usages téléphoniques.
La privatisation du réseau de téléphone, c’est un grand sujet en Europe pour de nombreux pays, mais pour la France, c’est un sujet particulièrement sensible.
Cette privatisation a été marquée par des débats politiques, des mouvements sociaux très importants et des conséquences économiques importantes, notamment une chute vertigineuse du cours de l’action après l’éclatement de la bulle Internet. Comme si un service public ne se gérait pas comme une entreprise privée.
La privatisation et la mise sur le marché des actions France Télécom a eu un impact direct sur les salarié·es, avec un “besoin” pour les actionnaires de pouvoir compter sur une rentabilité au mépris des conditions de travail.

Pour les salarié·es, c’est une réduction drastique des effectifs qui s’annonce, avec à son apogée la mise en place du plan NExT, qui prévoit 22 000 départs “volontaires” pour parachever la mise en place d’Orange en tant que leader du marché des nouvelles télécommunications en France.
Le passage d’une logique de service public à une logique de profit a profondément transformé les contraintes envers les salarié·es, avec une pression accrue pour la performance individuelle et la mise en place d’un management agressif qui avait pour objectif de faire partir les salarié·es, notamment les ancien·nes fonctionnaires, “par la fenêtre ou par la porte”. Cette phrase utilisée par l’ancien PDG, Didier Lombard, prendra un tout autre sens à l’aube d’une vague sans précédent de suicides de salarié·es, poussé·es à bout par ce plan social déguisé qui vise à réduire les effectifs de près de 15 % (170 000 salarié·es chez France Télécom en 1997).

Certain·es salarié·es se défenestrent, d’autres s’immolent par le feu. C’est à cette vague de suicide que l’on doit les fenêtres qui ne s’ouvrent plus dans la plupart des immeubles chez Capgemini.
Fermer les fenêtres, c’est bien plus simple que d’améliorer les conditions de travail et d’écouter les salarié·es en détresse…

 

Dessin humoristique d'Allan Barte : un manager barre la fenêtre avec des planches et dit à une salariée de Capgemini : "Comme vous pouvez le voir, nous prenons les Risques PsychoSociaux très au sérieux !"

Entre 2006 et 2009, ce sont des dizaines de salarié·es qui mettront ou tenteront de mettre fin à leurs jours. On décomptera 58 suicides en lien avec le travail sur la période 2008-2010.
Et chez Orange – France Télécom, les objectifs sont inscrits dans le marbre : il faut déstabiliser psychologiquement une partie des salarié·es pour les inciter à partir volontairement, réduisant ainsi les coûts de licenciement et les indemnités.
Ainsi, selon un membre du comité exécutif, il s’agit “de créer des outils, des propositions en créant des moyens de sortir pour ceux qui le voulaient”. Ce plan est basé sur deux types de mobilités : internes pour celles et ceux qui veulent “se rapprocher d’une région qui leur tenait à cœur”, mais surtout changer de métier à marche forcée, et avec des départs “volontaires”. Toute ressemblance…

Le capitalisme prédateur, seul coupable ?

Chez Capgemini France en ce début d’année, on parle aussi d’une réduction massive, de près de 10 % (7 %) des effectifs. Nous ne sommes pas fonctionnaires et cette “restructuration” annoncée n’a qu’un but : la rentabilité pour le portefeuille des actionnaires.
Elle intervient après des années de pressions managériales et de réorganisations que la CGT dénonce depuis des années. Depuis 2 ans, c’est un véritable plan social déguisé : on licencie et on propose des ruptures conventionnelles à tour de bras.
La perte de sens au travail est majeure, et les outils déployés par la direction n’ont qu’un seul objectif : détruire le collectif de travail.
Plan PxCell, perte de repères liés aux restructurations, mise en place des PRPA, politique “zéro augmentations”, échecs des NAO : la violence imposée par l’ultra-capitalisme de Capgemini s’accumule pour nous et nos collègues.
Pendant ce temps, tout va bien pour les actionnaires (malgré un net recul de l’action depuis le début de l’année 2026) : on continue de verser des milliards en dividendes et on rachète des actions à qui mieux mieux pour faire monter artificiellement le cours de celles-ci en les détruisant en masse.
Depuis plusieurs années déjà nous dénonçons des plans masqués de réduction des effectifs qui se font via des procédures disciplinaires illégitimes, par un accroissement de la pression managériale pour conduire nos collègues à accepter des ruptures conventionnelles ou encore à démissionner car iels ne supportent plus la violence subie au travail.

Un syndicaliste SUD Solidaires dénonçait chez France Télécom que chaque salarié·e devait comprendre ce qu’il fallait changer, et surtout la rapidité avec laquelle il fallait changer les choses. Tout le monde devait être moteur du changement.
On parle de techniciens réseau qui vont se retrouver à faire de la relation client en centre d’appels, par exemple. Un peu comme si on demandait à nos collègues de se jeter à corps perdu dans l’IA alors qu’iels n’ont absolument aucune formation ou maîtrise du sujet. Toute ressemblance…

Les représentant·es du personnel de l’établissement Appli ont été convoqué·es pour un CSE extraordinaire ces dernières semaines suite à la tentative d’un de nos collègues de mettre fin à ses jours. Notre collègue fait un lien évident entre la pression mise par son management, ainsi que sa convocation à un entretien disciplinaire pour un licenciement et son geste.
La CGT Capgemini dénonce des faits extrêmement graves. Nos vies, nous nous battons chèrement au travail pour les gagner. Elles ne doivent jamais être une variable d’ajustement dans un des rouages de la machine capitaliste qui n’a qu’un seul objectif : faire du profit en maximisant la plus-value.

 

Le plan de retour à la performance attendue  : un outil de coercition qui prépare le terrain.

Alors certes nous ne sommes pas “encore” chez France Télécom, mais le futur s’annonce bien morose dans notre groupe. La technocratie qui entoure le plan de rupture conventionnelle collective fait fi de toute individualité. Nous sommes inquièt·es des risques pour nos collègues. De nombreux témoignages nous arrivent, avec des collègues qui veulent en profiter pour quitter le groupe.
Quid des déçu·es qui ne feront pas partie des volontaires potentiel·les ? Quid de celleux qui devront répondre non et à qui l’on risque bien de mettre la pression ou au placard pour avoir refusé un départ “volontaire” ?
Pour rappel, dans notre questionnaire sur les PRPA :

  • 81 % des personnes considèrent que l’impact de l’annonce du PRPA sur leur santé a été négatif.
  • 66 % des personne n’ont pas parlé de l’impact du PRPA sur leur santé, ni à la médecine du travail, ni à un·e représentant·e du personnel.

Une expertise au niveau du CSE Infra en 2024 a montré que plus de 50 % des personnes ayant reçu un PRPA, on quitté l’entreprise dans l’année suivante, de gré ou de force.
Toute ressemblance…

Alors, certes, nous n’y sommes pas (encore). Nous espérons que nous n’y arriverons jamais.

Contactez vos représentant·es CGT si votre situation était compliquée à vivre ou si vous ressentez le besoin d’évacuer du stress lié à ce projet. Nous accompagnons chaque année des dizaines de nos collègues qui subissent des pressions managériales, qui sont bien trop souvent devenues la norme.
Dans tous les cas, ne restez pas isolé·e face à ces situations. Parlez-en, autour de vous, et si besoin à un·e professionnel·le de santé.

Nous continuerons de nous battre avec acharnement pour que Capgemini ne devienne pas un nouveau France Télécom.

Nos vies valent mieux que leurs profits.

———-

Sources/références

Dessin humoristique d'Allan Barte : un manager montre la fenêtre ouverte à une salariée de Capgemini et lui dit : "Bien entendu, si vous n'acceptez pas cette rupture conventionnelle, restez ouverte à d'autres voies de sortie !"

Négociation sur la suppression de 2409 postes

Vous l’avez peut-être appris il y a quelques semaines dans la presse, ou bien via un mail interne, Capgemini décide de lancer un plan de suppression de 2409 postes, soit environ 7 % de l’effectif, en s’appuyant sur la mobilité interne et une rupture conventionnelle collective (RCC).

Cette procédure, basée sur le double volontariat, permet d’éviter à l’entreprise d’enclencher un plan de licenciement collectif qui lui serait trop contraignant car très encadré juridiquement et qui demanderait une réelle justification économique. En parallèle Capgemini annonce – dans le même document de travail – le recrutement de 3200 personnes cette année !

Dessin humoristique de Kurt : RCC : Mobilité interne vers pétaouchnok, mobilité externe vers France Travail.Justifications économiques bancales

La direction justifie ce “plan d’adaptation des compétences et des emplois, basé exclusivement sur le volontariat” par des mutations sectorielles et technologiques qui entraînent un ralentissement des secteurs du numérique et de l’ingénierie, tout en admettant que si la croissance des ESN est en baisse de 2,1 % en 2024 (moins qu’en 2020 avec −4,2 %) c’est aussi à cause de la croissance de l’offshore, le joli mot corporate friendly pour parler de délocalisation.

Si le chiffre d’affaires (CA) de Capgemini France (qui représente 19 % du CA du groupe) a diminué en 2024 de 3 % par rapport à 2023 (avec une baisse d’effectif de 5 %), la marge opérationnelle (c’est-à-dire la rentabilité) est, elle, passée de 10,2 % en 2024 à 10,9 % au premier trimestre 2025. La France est donc plus rentable que l’an dernier malgré un volume d’affaires en légère baisse. Preuve s’il en fallait une que les emplois et la stagnation des salaires sont la variable d’ajustement des profits du groupe.

Ce constat est d’autant plus flagrant qu’on peut le mettre en parallèle avec le retour aux actionnaires. En effet, sur 1,6 milliards de résultat net, ce sont 1,122 milliards d’euros qui sont réservés aux actionnaires et aux rachats d’actions soit 70 % de la valeur produite par les salarié·es.

Le détail du plan et les chiffres

Le plan se divise en deux parties : une mobilité interne et une mobilité externe. La mobilité interne regroupe des possibilités de formations et des mobilités géographiques. Le plan de « mobilité externe », euphémisme pour une sortie de l’entreprise, sera réalisé au moyen d’une Rupture Conventionnelle Collective (RCC, dispositif issu du premier mandat Macron). Le plan vise a réaliser 2409 suppressions de postes : 1571 chez Capgemini, 838 chez Altran. Près de 15 % des salarié·es sont éligibles soit 1 personne sur 7.

Volontariat et PRPA

Capgemini veut donc que vous soyez volontaire au départ, et quoi de mieux pour forcer le « volontariat » que de vous donner envie de partir ? Pour faire partir la force de travail, la recette est simple et déjà pratiquée à Capgemini, il suffit d’imposer aux salarié·es des objectifs inatteignables et d’ensuite les blâmer pour manque de performance avec un PRPA (Plan de Retour à la Performance Attendue) alors qu’on sait que 52 % des salarié·es visé·es par ce dispositif punitif finissent par quitter l’entreprise par démission ou licenciement.

Mise en œuvre déloyale

La direction a fait le choix d’un calendrier de négociation contraint qui ne permet pas aux négociateur·rices des organisations syndicales de bénéficier des expertises issues du cycle d’information/consultation qui s’est ouvert dans les instances représentatives du personnel (CSEE et CSEC). Ces expertises sont pourtant des éléments cruciaux capables d’éclairer les négociations en fournissant des éléments qualitatifs et quantitatifs sur l’impact du plan proposé par la direction sur la santé, la sécurité et les conditions de travail des salarié·es. Un accord de méthode entérinant ce calendrier ainsi que des conditions de négociation défavorables a d’ailleurs été mis au vote. La CFDT, la CFE-CGC et la CFTC ont signé cet accord malgré tous les problèmes qu’il présente et ce, même si leurs principales revendications n’ont pas été retenues.

Le portrait des fondateurs du cabinet Alixio choisi par la direction pour conseiller Capgemini dans son projet en dit aussi long sur l’avenir envisagé pour l’entreprise. Nous vous renvoyons aux lourds CV de Raymond Soubie, ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy, aujourd’hui dirigeant et actionnaire majoritaire d’un cabinet de conseil spécialisé en stratégie sociale et restructurations d’entreprises, et Patrick Puy, charognard d’entreprises en difficulté, expert en pilotage de plans de redressement et de réduction des coûts. Deux liquidateurs, chargés de donner toutes les billes à la direction pour “assainir” l’entreprise en se débarrassant des salarié·es “supreflu·es”.

Dessin humoristique de Kurt : RCC : Mobilité interne vers pétaouchnok, mobilité externe vers France Travail.

À propos

Publié le :
12 mars 2026

Rupture conventionnelle

Vous l’avez probablement constaté, les résultats commerciaux ne sont pas au niveau escompté mais rassurez- vous :

  • Capgemini est une entreprise parfaitement rentable…
  • Tout va bien, notre CEO a été augmenté de 30 %…

Toutefois, la rentabilité de Capgemini repose avant tout sur une parfaite maitrise des coûts, c’est-à-dire un pilotage de sa masse salariale.

Et ça, la direction sait y faire !

Notamment en poussant vers la sortie des personnes non facturées via divers stratagèmes :

  • fin de période d’essai, 
  • non embauche de stagiaires / alternant·es,
  • licenciements farfelus et abusifs
  • et surtout ruptures conventionnelles à gogo
Les deux derniers stratagèmes concernent clairement les personnels en intercontrat depuis plusieurs mois.
Eh oui, tant qu’un·e consultant·e est facturé·e chez un·e client·e, tout va bien.
Mais quand ça n’est plus le cas, il ou elle se retrouve en intercontrat, et ce n’est plus la même chanson…

Qu’est-ce que l’intercontrat ?

L’intercontrat (ou intermission) est une période entre deux missions due à l’absence de contrat avec un client pour l’affection d’un·e consultant·e.
Cette situation peut être plus ou moins longue et fait clairement partie de la vie professionnelle d’un·e consultant·e.
La personne en intercontrat n’est en aucun cas responsable de cette situation et ne doit pas accepter de propos culpabilisant. Il appartient aux fonctions commerciales de lui trouver un projet client.
Cependant, la personne en intercontrat représente un coût pour les dirigeants et cette période ne doit pas durer trop longtemps pour le management.
Dessin humoristique d'Allan Barte. Un manager parle à un salarié : "C'est presque une faveur que je te fais avec cette rupture conventionnelle. Alors n'en parle pas trop autour de toi. Et encore moins à des syndicalistes !

Les dérives constatées :

Dans le cas d’une période d’intercontrat de plusieurs mois, le management n’hésite pas à approcher les personnes afin de leur proposer une rupture conventionnelle :

  • en essayant de les faire culpabiliser au prétexte que des entretiens avec des clients n’ont pas abouti à une mission
  • en présentant ce mode de séparation à l’amiable comme une sortie par le haut pour tout le monde, enfin surtout pour la direction…

Ce type de procédé montre avant tout que la direction n’a absolument aucun motif légitime pour se séparer de vous.

Qu’est-ce qu’une rupture conventionnelle (RC) ?

La RC est un mode de rupture particulier du contrat de travail d’un salarié en CDI : il ne s’agit ni d’un licenciement, ni d’une démission.
L’employeur et le ou la salarié·e conviennent d’un commun accord des conditions de la rupture du contrat de travail.
La RC ne peut pas être imposée par l’une ou l’autre des parties.
La CGT considère que la RC sécurise avant tout l’employeur lors de la cessation d’un contrat de travail, ce qui explique notre opposition générale à ce dispositif.
Surtout, la RC raccourcit la durée de préavis (environ 6 semaines), permettant ainsi d’économiser au moins deux mois de salaire par rapport à un licenciement pour un cadre. En d’autres termes, avec une RC,  vous offrez à la direction une économie de deux mois de salaire, qui se gardera bien de vous le dire…
Bien que la RC puisse vous ouvrir les droits au régime de chômage, les indemnités perçues peuvent retarder l’accès aux allocations chômagedonc cela ne constitue en rien une solution miracle à votre situation.
Ne signez pas de RC si vous n’avez rien derrière.

Dessin humoristique d'Allan Barte : Discussion à la machine à café : "salut ça va ? t'as regardé le match d'hier ! Il est bon le café de cette machine, hein ?!… et sinon, t'as pensé à une rupture conventionnelle ?Que devez vous faire si votre hiérarchie vous approche pour une RC ?

Nous vous recommandons de rédiger un compte-rendu de l’échange lors duquel vous avez été approché, en envoyant un courriel retraçant les propos qui vous ont été tenus avec la proposition de RC et surtout les motifs qui justifient cette propositions.

La négociation de la Rupture Conventionnelle est individuelle.

La CGT défend les salarié·es qui subissent toute pression visant à les inciter à quitter l’entreprise.

Nous constatons une dérive préoccupante :

certains et certaines salariées sont abordés dans les couloirs avec une proposition de rupture conventionnelle. Cette négociation se déroule en dehors du cadre légal, et la direction déclenche un entretien de rupture conventionnelle uniquement après avoir préalablement convenu avec le ou la salarié·e, ce qui pose problème car cela empêche la présence d’un ou d’une représentante du personnel pour accompagner le ou la salarié·e.

Il est donc essentiel de contacter vos représentant·es du personnel CGT dès que vous constatez de telles dérives.

Dessin humoristique d'Allan Barte : Discussion à la machine à café : "salut ça va ? t'as regardé le match d'hier ! Il est bon le café de cette machine, hein ?!… et sinon, t'as pensé à une rupture conventionnelle ?

À propos

Publié le :
17 janvier 2025