Les rapports d’expertise commandés par le CSEC donnent quelques informations intéressantes en matière économique et sociale. Pour rappel, l’UES Capgemini se compose des CSE Appli (et ses sous-entités Apps, FS, Sogeti, etc.), Infra (CIS), Ingénierie (ER&D), Invent (Consulting) et Corporate (Services et Gouvieux). Elle représente la partie française du groupe (monde), moins l’UES Altran (Altran a été racheté par le groupe Capgemini en avril 2020) et la société chapeau, Capgemini SE.
RÉSULTATS ÉCONOMIQUES DE L’UES : EN LIGNE AVEC CEUX DU GROUPE
Le chiffre d’affaires (managé) de l’UES Capgemini (hors Corporate) représente environ 16 % du chiffre d’affaires du groupe. Il connaît une évolution en phase avec celui du groupe. L’UES Capgemini a même fait mieux en 2023 avec +3,7 % de croissance contre +2,4 % pour le groupe. Elle a un taux de marge opérationnelle confortable, comparable à celui du groupe : elle a fait légèrement mieux en 2022 avec 13,2 % contre 13 % pour le groupe. Elle a décroché un peu en 2023 et cela risque de se poursuivre en 2024, le marché européen et notamment français étant moins dynamique et moins lucratif que le marché américain.
Bref, quand la direction nous dit qu’en France la situation économique de Capgemini n’est pas bonne, par exemple pour justifier une non augmentation de notre salaire, il faut lui répondre, chiffres à l’appui.
TAXES VERSÉES AU GROUPE : EN HAUSSE !
L’UES Capgemini verse au groupe différentes taxes qui servent à gaver les cadres dirigeants : les « logo fees » (pour pouvoir utiliser la marque du groupe), les « management fees » (pour « bénéficier » des services administratifs du groupe), les allocations « SBU » (pour payer les coûteux services centraux du groupe), les attributions gratuites d’actions (là, pas besoin de traduire !). Leur montant total est passé de 5,8 % du chiffre d’affaires de l’UES en 2019 à 6,8 % en 2023. Il croit nettement plus que le chiffre d’affaires ou la marge opérationnelle : par exemple en 2023 il a augmenté de 10 %, contre 3,7 % pour le chiffre d’affaires et 1,3 % pour la marge opérationnelle de l’UES. A la 1ère place sur le podium, les allocations SBU avec +15 % par rapport à 2022. Quant aux actions gratuites, leur nombre a explosé de +22 %, leur valeur a augmenté de « seulement » +7 % car l’action a baissé en 2023.
IMPÔTS PAYÉS PAR CAPGEMINI EN FRANCE : « OPTIMISÉS » !
Initialement, Capgemini devait verser 126,6 millions d’euros au fisc français en 2023. Mais la France possède une attractivité fiscale indéniable, quoiqu’en dise le MEDEF. Déduisez le fameux CIR (Crédit d’Impôt Recherche, 71 millions d’euros !), les déficits de quelques filiales (Capgemini a 23 filiales en France !) dans le cadre de l’intégration fiscale, le crédit d’impôt étranger, le crédit d’impôt mécénat, etc. Résultat, Capgemini n’a payé en tout que 41,7 millions d’euros d’impôts en France, ce qui représente moins de 1 % du chiffre d’affaires et de l’ordre de 7 % de la marge opérationnelle, réalisés en France. Une baisse d’impôt des 2/3 : elle est pas belle la vie pour les grandes entreprises ?
ET POUR LES SALAIRES, C’EST TOUJOURS LA SOUPE À LA GRIMACE…
Pour la suite, sdbam signifie salaire de base annuel médian. C’est du brut fixe, sans la partie variable. Quand l’année n’est pas précisée, il s’agit de 2023.
Le sdbam sur l’UES a progressé de +3,9 % par rapport à 2022, alors que l’inflation était de 4,9 %. Il a progressé de +7,4 % depuis 2019, alors que l’inflation cumulée de 2019 à 2023 est de 13,3 %. La CGT le rappelle régulièrement, la grande majorité des salarié·es de (qui restent à) Capgemini subit une baisse de pouvoir d’achat depuis des années. Chaque salarié·e (y compris en incluant les 8159 salarié·es « offshore » qui travaillent pour l’UES) a produit une richesse moyenne (chiffre d’affaires annuel managé divisé par le nombre de salarié·es) de 98 k€ et a rapporté à l’entreprise un bénéfice moyen (marge opérationnelle annuelle divisée par le nombre de salarié·es) de 12,6 k€ : et la direction nous dit qu’en France nous ne sommes pas productifs !
DE FORTES DISPARITÉS DANS LES SALAIRES
Le sdbam connaît d’importantes disparités au sein de l’UES Capgemini :
- au plan géographique : il existe un écart de +27 % en faveur de l’IdF par rapport aux autres régions, et hors IdF, l’écart varie en tout de 6 % entre la région du Nord (40k€) et la région Rhône-Alpes-Auvergne (42,3k€)

- par entité ou sous-entité : ER&D a le plus bas sdbam ; à l’opposé, Capgemini Services a un sdbam qui est 2,5 fois celui de ER&D

- par grade : à noter que pour les grades les plus élevés, s’ajoute la partie variable (qui ne concerne en tout que 17 % des salarié·es de l’UES) : par exemple la rémunération médiane des VP est 6 fois celle des grades A !

CONGÉS : LA DIRECTION PERSISTE DANS L’ILLÉGALITÉ
La direction a présenté la note de service sur le temps de travail pour l’année 2025. La CGT, comme les années précédentes, a dénoncé l’illégalité de l’article 4.1 intitulé « cas particulier de la fermeture du site client ». Les références faites à la convention collective Betic sont fallacieuses. Celle-ci ne parle pas de la fermeture de site client mais de la fermeture de l’entreprise (employeur), donc de Capgemini. La direction ne peut donc pas imposer à un·e salarié·e de prendre des congés payés (sauf les RTT à l’initiative de l’employeur) en cas de fermeture d’un site client.




Le CSEE extraordinaire concernant l’avis des membres élus sur la réorganisation de notre GBL (Global Business Lines) a été planifié via teams. A cette occasion nous avons pu apprécier un éventail d’incongruités liées à cette forme d’échange :
La direction attend des élu·es un avis sur la réorganisation prévue au 1er janvier 2025. Autant dire que celle-ci est déjà dans les tuyaux. Et pourtant, la 1ère phase débutée en janvier 2024 loin d’être digérée se voit déjà affublée d’une couche supplémentaire. On nous vante One-Capgemini comme la panacée mais, contrairement aux autres entités, les salarié·es ex-Altran n’ont pas intégré notre UES. Nous rappelons que dès le départ, la direction s’est refusée à respecter l’accord d’intégration et a voulu créer une 2eme UES spécifique pour le cas Altran.
C’est ainsi que nous sommes amenés à commenter les résultats du 3e trimestre 2024 avec un retard de près de 2 mois. Sur les 9 premiers mois de 2024, le chiffre d’affaires de Capgemini Infra a baissé de -4,5 % par rapport à la même période en 2023. La direction estime que la tendance sur l’année devrait être du même ordre de grandeur et elle espère une reprise pour début 2025.
Les écarts de salaire entre hommes et femmes persistent, surtout aux grades élevés. Les promotions sont sélectives, avec des augmentations significatives pour les promu·es, mais près de 50 % des salarié·es n’ont pas été augmenté·es en 2023. L’âge n’arrange pas la situation : une part non négligeable de salarié·es présent·es n’ont pas eu le droit à un passage de grade depuis 10 ans ou plus…
Pour résumer (cf flash CGT CSEC de septembre 2024), la partie « taxonomie », c’est la réorg de l’ensemble des Business Lines (BL), avec leur normalisation au niveau mondial et leur découpage en practices et sub-practices (minimum 100 salariés), la partie « people manager » c’est la mise en place d’un management unique de proximité, avec la suppression des « career manager ». La direction affirme que ce sont 2 projets indépendants qui avancent en parallèle, « taxonomie » serait organisationnel, alors que « people manager » serait RH. L’expertise commandée par le CSEC l’infirme : les 2 projets sont bien liés et appartiennent tous les deux au mégaprojet Pxcell.
La direction s’auto-félicite en affichant un taux de repositionnement de… 92 % pour les salarié·es qui travaillaient auparavant sur le contrat SOF. Nous l’avons déjà expliqué, ce chiffre est douteux : en effet, la direction compte parmi les « repositionné·es » les salarié·es qui ne font plus partie des effectifs de Capgemini, à la suite d’une démission ou d’une rupture conventionnelle, et aussi des salarié·es qui sont prépositionné·es sur un projet, sans avoir de certitude que cela aboutisse.
2 722 personnes ont été formées sur un effectif total de 3 751. Super ! Mais comment a-t-on obtenu 3 751 personnes chez ER&D alors que nous ne sommes à peine 2 900 ? Réponse : c’est l’effectif de l’entité. Donc, ce qu’on comprend c’est que potentiellement 900 personnes ont été formées avant de quitter l’entreprise…
E PASSE-PASSE
EGALITÉ PRO : ANATOMIE D’UNE CHUTE
Un site spécialisé en cybersécurité a révélé que le groupe Capgemini avait été hacké début septembre. Plus précisément, 20 Go de data comprenant des données sensibles comme des identités de membres du personnel, des clés, du code source, etc., auraient été dérobés à la filiale indienne de Capgemini. La CGT interroge la direction, notamment pour savoir si cela concerne du personnel français du groupe. Dans un 1er temps, la direction répond qu’elle n’a pas eu de communication interne à ce sujet. Puis, après s’être renseignée ( ?), elle explique qu’il s’agirait d’un serveur de développement chez une entreprise tiers, que les impacts sont très faibles, voire nuls. Mais le service cybersécurité de l’entreprise continue à investiguer ! Enfin la direction conclut que ces informations sont confidentielles et ne figureront pas dans le procès-verbal de la réunion.