LES DIEUX SONT TOMBÉS SUR LA TÊTE !
Dans le petit village d’irréductibles gaulois situé à Digulleville, aux fins fonds de la Normandie, l’annonce de déménagement vers Cherbourg n’a pas fait grand fracas tant celle-ci courait depuis des années. Pensez donc ! Quelques Algeco battus par les colères d’Eole et de Poséidon ne pouvaient être une solution à long terme. Toujours avide d’économie la direction s’est donc emparée de l’évacuation du site sous contrôle du client Orano qui attend pour récupérer les lieux.
Mais dans quelles conditions ?…
Equeurdreville, l’agence cherbourgeoise essentiellement dédiée à l’entité Infra, est censée accueillir le personnel ER&D, mais comment s’articulerait ce doublement d’effectif (EQ=166 Infra + 6 Appli + 15 Altran + DGV=161 ER&D + 7Altran = 355 salarié·es) ?
PAS DE PANIQUE, ON GÈRE !
On gère ! L’imposant matériel sera tassé et stocké en hauteur dans des espaces déjà remplis.
Mauvaise réponse ! Pour des raisons de sécurité évidentes, le stockage en hauteur c’est juste interdit.
On gère ! Les indemnités kilométriques du groupe fermé ex-Euriware seront supprimées.
Sérieux ? Celles-ci ont largement rejoint les usages puisqu’elles sont pratiquées depuis plus de 20 ans, sans compter que ces IK étaient présentées à l’embauche comme un complément de salaire d’autant qu’elles apparaissaient souvent sur les contrats de travail. Ainsi, pour quelques ridicules dollars de plus, la direction n’hésite pas à endosser l’indigne et honteux costume de l’avare dans cette tartufferie de délogement qu’elle affectionne tant.
On gère ! Il n’y a pas de raison d’avoir des places supplémentaires sur le parking puisque les personnes viennent de l’agglomération cherbourgeoise.
Sérieux ? Le parking est régulièrement plein, potentiellement plus de 160 personnes supplémentaires seraient amenées à travailler à EQ mais aucune mesure ne semble nécessaire pour accueillir les très nombreuses personnes qui ne peuvent se déplacer qu’en voiture. Elles apprécieront…
On gère ! Pour le réfectoire nous ajouterons 1 table et 8 chaises, cela devrait suffire.
Sérieux ? Ça se passe au doigt mouillé ? Alors que malgré les possibilités de restauration (Restaurants Inter-Entreprises sur le site de la Hague ou commerces à 5mn) l’espace cafétéria à Digulleville a dû instaurer des roulements pour le déjeuner du midi.
On gère ! Certes une équipe de 15 personnes est prévue sur un espace de 6 postes mais bon, les équipes sauront bien s’organiser pour pallier le manque de salle de réunion.
Sérieux ? No comment !
On gère ! Nous installerons 5 ventilateurs dans les salles ou l’aération est déficiente aux normes.
Sérieux ? Faites donc ça pour les salles serveurs climatisées ! Même sans s’arrêter au bruit infernal de 5 ventilateurs voués à brasser de l’air chaud, la direction ne peut se soustraire à une législation indiscutable concernant le renouvellement d’air. Encore une fois on se soucie plus du matériel que des personnes.
On gère ! Inutile d’investir dans la standardisation des postes de travail, chacun ramènera son propre matériel.
Sérieux ? La direction glorifie le flex-office mais à Equeurdreville, les postes de travail seront tous différents ? Puisqu’il est impossible de ranger des grands écrans ou des PC volumineux dans des casiers, comment peut-on exiger du flex-office sur ce qui, de facto, s’impose comme des bureaux ou espaces attitrés ?
On gère ! Puisqu’il n’y en avait pas auparavant, aucun bureau ne sera dédié aux élu·es qui voudraient échanger avec des salarié·es.
Sérieux ? Plus de 350 salarié·es avec des perspectives d’augmentation des effectifs mais rien de prévu pour des échanges avec leurs représentant·es ? Au prétexte que ça ne sert à rien ? C’est certainement avec une muselière que nos chefs imaginent le dialogue social qu’ils revendiquent tant.
On gère ! Afin d’informer les salarié·es intéressé·es, pour les Activités Sociales et Culturelles ERD, si besoin, on ajoutera un poste dans le bureau où se trouve l’équivalent Infra.
Ouah, sérieux ? Enfin une bonne nouvelle ! Eh oui, sauf que la CFDT, qui détient ce rôle, dit ne pas être intéressée !
On gère ?… Alors parlons en de cette gestion. La direction assure que ce transfert passera comme une lettre à la poste, mais sur quelle expérience se base-t-elle ? A-t-elle fait un sondage auprès des intéressé·es ?
Non ! La CGT Capgemini n’a pas attendu pour lancer le sien de son côté. Le nombre de réponse étant représentatif, nous vous exposons les 2 éléments les plus éloquents :
Que pensez-vous du projet de déménagement de l’agence à 22 km ?
- Cela me convient – 53 %
- Je crains une augmentation du temps ou du coût de trajet – 22 %
- Autre – 22 %
- Cela complique mon organisation personnelle/familiale – 2 %

Que pensez-vous du passage en flex-office (fin des bureaux attitrés) ?
- je suis défavorable – 65 %
- Je suis plutôt neutre – 27 %
- Je suis favorable – 8 %

A PART ÇA ?
Hiérarchie
La direction est en galère pour répondre à la question : « Comment fait-on pour retrouver ses managers RRH, EUM, assistante, PM, HRBP… ? »
Assistantes
Toujours en cours pour définir une fiche de poste standardisée avec notamment quelques tâches en support aux EUM.
Effectifs
Toujours en baisse. Mais l’intégration de PLM en octobre va gonfler le chiffre d’environ 365 personnes.
Augmentations
36 % des effectifs ont eu une augmentation !… Version verre vide : 64 % ont le droit de pleurer
A cette époque de l’année, il y a l’exercice rituel dit des « orientations stratégiques » : la direction communique sur les résultats économiques de l’année écoulée et fait des projections sur les années qui viennent. Sur Capgemini Infra, on constate une différence importante entre le chiffre d’affaires prévu et celui effectivement réalisé. A croire que la direction fait ses prédictions au doigt mouillé ou joue à la loterie. A noter toutefois qu’elle a été prudente pour 2025, tablant sur une stagnation du chiffre d’affaires. Pour 2028, tous les espoirs sont permis puisque la direction pronostique un chiffre d’affaires en hausse de… +14 % par rapport à celui de 2024.
Pour la rentabilité, on observe un phénomène analogue au chiffre d’affaires. Sauf que là, la réalisation est systématiquement inférieure à la prévision et que les écarts sont de plus en plus grands. Le fameux taux de GOP* s’éloigne de plus en plus des 10 % espérés année après année. Est-ce une conséquence de cela, en tout cas la direction n’a pas voulu se mouiller pour 2025.La rentabilité baisse, plombée, de l’aveu même de la direction, par des gros problèmes de delivery sur certains grands comptes. Mais n’y voyez pas là un début d’autocritique de la direction dans sa gestion des affaires. A noter que, au-delà d’un discours plutôt catastrophiste de la direction, Capgemini Infra est toujours nettement bénéficiaire. Si on prend en compte le chiffre d’affaires dit « managé » (qui mesure mieux l’activité réelle de l’entité que le chiffre d’affaires total, puisque en sont déduites les refacturations avec les autres entités du groupe), le taux de GOP* s’élève à 7,9 % en 2023 et à 6,5 % en 2024. Certes pas assez pour déclencher de l’intéressement sur Infra, en application de l’accord d’entreprise sur l’intéressement signé par des organisations syndicales autres que la CGT.
Depuis plusieurs années, la direction claironne que la cybersécurité est un fleuron de Capgemini, que ça va dynamiser son chiffre d’affaires, rapporter de nouveaux contrats, etc. Comme souvent, la com ne cadre pas avec la réalité. Après l’explosion post-covid de l’année 2022, le chiffre d’affaires de la cybersécurité est en chute libre : -25 % entre 2024 et 2022, c’est sûrement ça que la direction appelle le « cyberboost » !
Nous avons eu droit aux Orientations Stratégiques de l’entreprise par le biais d’une présentation de belles intentions genre : « on va s’améliorer là où on est pas bon et puis vu le contexte politique international, la défense il faut absolument y être ! L’écologie c’est vachement joli ! Et l’IA on n’y coupera pas… » Mais découvrons les cartes de madame Irma.
La direction reconnaît que son objectif est purement financier, il ne faut pas dépasser l’enveloppe prévue : la suppression de l’inégalité salariale femme homme attendra ! Devant l’indignation des élu·es, elle rappelle que le montant de cette enveloppe (il est très bas, 0,04 % de la masse salariale !) est fixé par l’accord égalité pro. Quand la CGT pointe la responsabilité des organisations syndicales signataires de cet accord, la direction… prend leur défense. Même en prenant des critères d’application plus justes (des groupes de salarié·es plus grands, basés sur la codification de la convention collective et pas sur les grades Capgemini, des seuils d’écart moyen pondéré par groupe bien moins élevés, etc.), la méthode des comparatios exclue forcément des groupes, alors que rien ne permet de supposer que les femmes qui sont dans ces groupes ne sont pas sous-payé·es par rapport à leurs collègues hommes.
Augmentations de salaire : un poisson d’avril ?
Concernant le décès soudain d’un salarié ER&D en 2024, les circonstances ont fait que le retour d’enquête n’a pu s’appuyer que sur des hypothèses ; ce qui, reconnaissons le, est regrettable.
Le président du CSEE Georges Dorgal a quitté les infâmes syndicalistes de l’instance. En effet, la retraite l’a appelé après quelques mots d’adieux résumés ici.