#RuptureConventionnelle

Négociation sur la suppression de 2409 postes

Vous l’avez peut-être appris il y a quelques semaines dans la presse, ou bien via un mail interne, Capgemini décide de lancer un plan de suppression de 2409 postes, soit environ 7 % de l’effectif, en s’appuyant sur la mobilité interne et une rupture conventionnelle collective (RCC).

Cette procédure, basée sur le double volontariat, permet d’éviter à l’entreprise d’enclencher un plan de licenciement collectif qui lui serait trop contraignant car très encadré juridiquement et qui demanderait une réelle justification économique. En parallèle Capgemini annonce – dans le même document de travail – le recrutement de 3200 personnes cette année !

Dessin humoristique de Kurt : RCC : Mobilité interne vers pétaouchnok, mobilité externe vers France Travail.Justifications économiques bancales

La direction justifie ce “plan d’adaptation des compétences et des emplois, basé exclusivement sur le volontariat” par des mutations sectorielles et technologiques qui entraînent un ralentissement des secteurs du numérique et de l’ingénierie, tout en admettant que si la croissance des ESN est en baisse de 2,1 % en 2024 (moins qu’en 2020 avec −4,2 %) c’est aussi à cause de la croissance de l’offshore, le joli mot corporate friendly pour parler de délocalisation.

Si le chiffre d’affaires (CA) de Capgemini France (qui représente 19 % du CA du groupe) a diminué en 2024 de 3 % par rapport à 2023 (avec une baisse d’effectif de 5 %), la marge opérationnelle (c’est-à-dire la rentabilité) est, elle, passée de 10,2 % en 2024 à 10,9 % au premier trimestre 2025. La France est donc plus rentable que l’an dernier malgré un volume d’affaires en légère baisse. Preuve s’il en fallait une que les emplois et la stagnation des salaires sont la variable d’ajustement des profits du groupe.

Ce constat est d’autant plus flagrant qu’on peut le mettre en parallèle avec le retour aux actionnaires. En effet, sur 1,6 milliards de résultat net, ce sont 1,122 milliards d’euros qui sont réservés aux actionnaires et aux rachats d’actions soit 70 % de la valeur produite par les salarié·es.

Le détail du plan et les chiffres

Le plan se divise en deux parties : une mobilité interne et une mobilité externe. La mobilité interne regroupe des possibilités de formations et des mobilités géographiques. Le plan de « mobilité externe », euphémisme pour une sortie de l’entreprise, sera réalisé au moyen d’une Rupture Conventionnelle Collective (RCC, dispositif issu du premier mandat Macron). Le plan vise a réaliser 2409 suppressions de postes : 1571 chez Capgemini, 838 chez Altran. Près de 15 % des salarié·es sont éligibles soit 1 personne sur 7.

Volontariat et PRPA

Capgemini veut donc que vous soyez volontaire au départ, et quoi de mieux pour forcer le « volontariat » que de vous donner envie de partir ? Pour faire partir la force de travail, la recette est simple et déjà pratiquée à Capgemini, il suffit d’imposer aux salarié·es des objectifs inatteignables et d’ensuite les blâmer pour manque de performance avec un PRPA (Plan de Retour à la Performance Attendue) alors qu’on sait que 52 % des salarié·es visé·es par ce dispositif punitif finissent par quitter l’entreprise par démission ou licenciement.

Mise en œuvre déloyale

La direction a fait le choix d’un calendrier de négociation contraint qui ne permet pas aux négociateur·rices des organisations syndicales de bénéficier des expertises issues du cycle d’information/consultation qui s’est ouvert dans les instances représentatives du personnel (CSEE et CSEC). Ces expertises sont pourtant des éléments cruciaux capables d’éclairer les négociations en fournissant des éléments qualitatifs et quantitatifs sur l’impact du plan proposé par la direction sur la santé, la sécurité et les conditions de travail des salarié·es. Un accord de méthode entérinant ce calendrier ainsi que des conditions de négociation défavorables a d’ailleurs été mis au vote. La CFDT, la CFE-CGC et la CFTC ont signé cet accord malgré tous les problèmes qu’il présente et ce, même si leurs principales revendications n’ont pas été retenues.

Le portrait des fondateurs du cabinet Alixio choisi par la direction pour conseiller Capgemini dans son projet en dit aussi long sur l’avenir envisagé pour l’entreprise. Nous vous renvoyons aux lourds CV de Raymond Soubie, ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy, aujourd’hui dirigeant et actionnaire majoritaire d’un cabinet de conseil spécialisé en stratégie sociale et restructurations d’entreprises, et Patrick Puy, charognard d’entreprises en difficulté, expert en pilotage de plans de redressement et de réduction des coûts. Deux liquidateurs, chargés de donner toutes les billes à la direction pour “assainir” l’entreprise en se débarrassant des salarié·es “supreflu·es”.

Dessin humoristique de Kurt : RCC : Mobilité interne vers pétaouchnok, mobilité externe vers France Travail.

À propos

Publié le :
12 mars 2026

Rupture conventionnelle

Vous l’avez probablement constaté, les résultats commerciaux ne sont pas au niveau escompté mais rassurez- vous :

  • Capgemini est une entreprise parfaitement rentable…
  • Tout va bien, notre CEO a été augmenté de 30 %…

Toutefois, la rentabilité de Capgemini repose avant tout sur une parfaite maitrise des coûts, c’est-à-dire un pilotage de sa masse salariale.

Et ça, la direction sait y faire !

Notamment en poussant vers la sortie des personnes non facturées via divers stratagèmes :

  • fin de période d’essai, 
  • non embauche de stagiaires / alternant·es,
  • licenciements farfelus et abusifs
  • et surtout ruptures conventionnelles à gogo
Les deux derniers stratagèmes concernent clairement les personnels en intercontrat depuis plusieurs mois.
Eh oui, tant qu’un·e consultant·e est facturé·e chez un·e client·e, tout va bien.
Mais quand ça n’est plus le cas, il ou elle se retrouve en intercontrat, et ce n’est plus la même chanson…

Qu’est-ce que l’intercontrat ?

L’intercontrat (ou intermission) est une période entre deux missions due à l’absence de contrat avec un client pour l’affection d’un·e consultant·e.
Cette situation peut être plus ou moins longue et fait clairement partie de la vie professionnelle d’un·e consultant·e.
La personne en intercontrat n’est en aucun cas responsable de cette situation et ne doit pas accepter de propos culpabilisant. Il appartient aux fonctions commerciales de lui trouver un projet client.
Cependant, la personne en intercontrat représente un coût pour les dirigeants et cette période ne doit pas durer trop longtemps pour le management.
Dessin humoristique d'Allan Barte. Un manager parle à un salarié : "C'est presque une faveur que je te fais avec cette rupture conventionnelle. Alors n'en parle pas trop autour de toi. Et encore moins à des syndicalistes !

Les dérives constatées :

Dans le cas d’une période d’intercontrat de plusieurs mois, le management n’hésite pas à approcher les personnes afin de leur proposer une rupture conventionnelle :

  • en essayant de les faire culpabiliser au prétexte que des entretiens avec des clients n’ont pas abouti à une mission
  • en présentant ce mode de séparation à l’amiable comme une sortie par le haut pour tout le monde, enfin surtout pour la direction…

Ce type de procédé montre avant tout que la direction n’a absolument aucun motif légitime pour se séparer de vous.

Qu’est-ce qu’une rupture conventionnelle (RC) ?

La RC est un mode de rupture particulier du contrat de travail d’un salarié en CDI : il ne s’agit ni d’un licenciement, ni d’une démission.
L’employeur et le ou la salarié·e conviennent d’un commun accord des conditions de la rupture du contrat de travail.
La RC ne peut pas être imposée par l’une ou l’autre des parties.
La CGT considère que la RC sécurise avant tout l’employeur lors de la cessation d’un contrat de travail, ce qui explique notre opposition générale à ce dispositif.
Surtout, la RC raccourcit la durée de préavis (environ 6 semaines), permettant ainsi d’économiser au moins deux mois de salaire par rapport à un licenciement pour un cadre. En d’autres termes, avec une RC,  vous offrez à la direction une économie de deux mois de salaire, qui se gardera bien de vous le dire…
Bien que la RC puisse vous ouvrir les droits au régime de chômage, les indemnités perçues peuvent retarder l’accès aux allocations chômagedonc cela ne constitue en rien une solution miracle à votre situation.
Ne signez pas de RC si vous n’avez rien derrière.

Dessin humoristique d'Allan Barte : Discussion à la machine à café : "salut ça va ? t'as regardé le match d'hier ! Il est bon le café de cette machine, hein ?!… et sinon, t'as pensé à une rupture conventionnelle ?Que devez vous faire si votre hiérarchie vous approche pour une RC ?

Nous vous recommandons de rédiger un compte-rendu de l’échange lors duquel vous avez été approché, en envoyant un courriel retraçant les propos qui vous ont été tenus avec la proposition de RC et surtout les motifs qui justifient cette propositions.

La négociation de la Rupture Conventionnelle est individuelle.

La CGT défend les salarié·es qui subissent toute pression visant à les inciter à quitter l’entreprise.

Nous constatons une dérive préoccupante :

certains et certaines salariées sont abordés dans les couloirs avec une proposition de rupture conventionnelle. Cette négociation se déroule en dehors du cadre légal, et la direction déclenche un entretien de rupture conventionnelle uniquement après avoir préalablement convenu avec le ou la salarié·e, ce qui pose problème car cela empêche la présence d’un ou d’une représentante du personnel pour accompagner le ou la salarié·e.

Il est donc essentiel de contacter vos représentant·es du personnel CGT dès que vous constatez de telles dérives.

Dessin humoristique d'Allan Barte : Discussion à la machine à café : "salut ça va ? t'as regardé le match d'hier ! Il est bon le café de cette machine, hein ?!… et sinon, t'as pensé à une rupture conventionnelle ?

À propos

Publié le :
17 janvier 2025