Le CSP Paie en burnout, jusqu’à quand recevrons-nous nos salaires ?

Suite à une alerte levée par l’ICRP Rhône-Alpes Auvergne à propos de conditions de travail dégradées au sein du CSP Paie, le CSEE Appli a demandé l’ouverture d’une enquête paritaire pour aider à faire la lumière sur la situation. La CGT a participé à cette enquête et vous partage ici ses conclusions.

Outils inadaptés, les cordonnier·ères sont les plus mal chaussé·es

La réorganisation PXCell aura été l’occasion d’introduire deux nouveaux outils, Replicon et SuccessFactor. Là où Replicon apporte de nouvelles fonctionnalités attendues de longues dates en centralisant des informations précédemment éparpillées dans plusieurs outils, il pose tout de même des problématiques de plages de visualisations et de droits d’accès, ce qui occasionne des difficultés pour le traitement de situations pourtant plus simples à gérer par le passé. SuccessFactor quant à lui est venu remplacer l’outil MyConnect, mais viens compliquer largement le travail des Gestionnaires de Paie (GP), les tickets créés par des RRH n’arrivant pas au bon destinataire pour traitement.

Illustration sur laquelle il est noté "Quand tu avertis la direction de l'inadaptation des outils". En-dessous on peut voir une signature et la note "Vu et s'en tape"

Ainsi, pour retrouver les tickets, le système de filtres permettant de retrouver les éléments adressés s’avère particulièrement fastidieux à utiliser, générant une surcharge inutile de travail. Notre enquête a mis en évidence que la direction savait que ces outils n’étaient pas adaptés aux processus internes et à la législation française, mais a décidé de les déployer malgré tout : « Nos demandes de modif : tout le monde s’en fout, ça n’est pas du tout pris en compte. ». De plus, plusieurs GP déplorent un déploiement trop descendant, un manque de formation et de mise en pratique.

De tels problèmes d’outils logiciels mal conçus sont un comble pour un groupe dont c’est le cœur d’activité !

Délocalisation, mais qui aurait pu prédire !?

L’offshorisation de certaines activités en Pologne ou en Égypte a provoqué des difficultés. Au sujet des indemnités de transport, l’utilisation d’outils non partagés empêchait les GP de consulter ou d’accéder aux informations en cas d’incohérence, ce qui complexifiait le travail de régularisation.

Cette tâche étant désormais confiée au prestataire en charge de la carte mobilité, cette problématique n’est plus d’actualité depuis janvier 2026. L’activité d’intégration RH des nouvelle·aux embauché·es effectuée par les services égyptiens pose elle aussi problème quand des adresses sont mal saisies selon le format français traditionnel, et génèrent des rejets dans le logiciel de paie.

Une surcharge structurelle

Ces problématiques, couplées à une mauvaise gestion des backups en cas d’absences, induisent une surcharge de travail récurrente. Interrogé·es sur le sujet, des salarié·es déclarent « En période creuse on est sous l’eau, en période de clôture on est carrément sous l’eau », « Travailler le week-end en clôture aide à moins stresser pour la clôture. », « Je réalise une charge de temps plein en étant à 80 % », ou encore « Je suis en surcharge, j’ai pris 80 % de son poste » en parlant d’un·e collègue absent·e. Le calendrier possède aussi des spécificités induisant chacune des surcroîts d’activité résumés dans cette formule : « Les mois se suivent mais ne se ressemblent pas forcément, les mois qui ont des spécificités […] septembre, octobre, novembre, décembre, février, juillet/août, juin, avril mars et janvier. ».

Dessin illustrant un cycle de problèmes qui s’entraînent les uns les autres. On peut voir que "Absence de collègues" entraîne "Pas de backup", qui entraîne "Surcharge de travail", qui entraîne "Facteurs de risques pour la santé", qui entraîne "Absence de collègues", qui entraîne "Pas de backup", etc.

Heures supplémentaires ? Encore faut-il avoir le droit de saisir les heures !

Pour absorber cette surcharge de travail, la réalisation d’heures supplémentaires qui pouvait être une pratique courante, semble de plus en plus limitée par le management, ce dernier n’autorisant la saisie et la réalisation d’heures supplémentaires que dans de rares cas : « Je n’en parle plus à mon manager car on lui demandait à chaque fois si les heure étaient ouvertes, la réponse est toujours non, on a arrêté de demander. ». La direction ayant entendu les mêmes propos lors des entretiens a pourtant refusé de partager ce constat lors de la rédaction du compte-rendu.

Par conscience professionnelle, et par connaissance des impacts potentiels d’un retard de paie pour l’ensemble des salarié·es, beaucoup de salarié·es du CSP témoignent de la réalisation d’heures supplémentaires non déclarées : « Je fais souvent plus d’heures que le légal : 7h30-18h30, parfois pas de pause midi. », « Quand il y a une surcharge, il n’y a pas spécialement d’ouverture d’heures sup. », « Comment on gère la variabilité de la charge : Heures sup ? Renforts ? : Rien, il faut faire, point ! ».

Reconnaissance

Les salarié·es ont aussi témoigné d’un manque de reconnaissance, avec des feedbacks à sens unique, toujours négatifs, une grande pressions sur les statistiques et un manque de prise en compte des remontées du terrain : « Tous les jours le responsable vient avec “tant de tickets, tant de sujets, etc.”, ça ne sert à rien de nous le dire, on sait qu’on a beaucoup de travail et beaucoup de choses à faire. ».

Cette frustration semble aussi liée au sujet des augmentations de salaire : « Je ne me sens pas reconnu·e dans mon travail, on ressent de l’exaspération, on demande aux gens de faire leurs preuves pour 60 € brut. »

Perte de motivation et effets sur la santé

Cette situation plus que tendue donne lieu à une perte de motivation, une fatigue généralisée et une charge mentale accrue : « On est tous lessivés par les outils et la charge de travail. L’impression d’être robotisés, est très partagée par l’équipe, l’objectif est toujours repoussé, ça ne s’arrête jamais. Dans mon métier, quand on éteint le PC on n’éteint pas le cerveau. », « Grosse fatigue, grosse charge mentale au travail, j’ai déjà eu des problèmes de sommeil. », « Je n’arrive pas du tout à déconnecter du travail. En arrêt maladie, je n’arrivais pas à me déconnecter, j’ai même refusé la prolongation d’un arrêt maladie. Dès le réveil, je me fais ma checklist mentale des tâches de la journée. »

Squ*d Games

Enfin, la CGT Capgemini a été avertie début juin de l’organisation de « Quizz » sur des sujets métier ayant donné lieu à des entretiens managériaux, parfois marqués, en cas de « score » jugé insuffisant. Ces méthodes dénoncées dans une déclaration en CSE constituent une évaluation déguisée et ne respectent à nouveaux pas la dispositions du code du travail en la matière. La CGT Capgemini a demandé à ce que ce sujet puisse être intégré au périmètre de l’enquête alors encore en cours, ce que la direction a refusé.

Et maintenant, on fait quoi ?

Cette enquête aura été laborieuse, la direction minimisant constamment les problématiques, refusant de reconnaître les fautes ou les erreurs qu’elle ferait et usant de méthodes déloyales en présentant, à l’occasion de la restitution en CSE, des chiffres qu’elle n’avait jamais partagé avec les élu·es ayant mené l’enquête.

La CGT Capgemini dénonce les multiples négligences et violations du code du travail dont se rend coupable la direction dans l’organisation du travail au sein du CSP Paie. Pour faire changer les choses, la CGT Capgemini conseille aux salarié·es du CSP Paie d’arrêter de réaliser les heures supplémentaires non déclarées qu’iels réalisent gratuitement pour garantir que la paie des salarié·es puisse sortir en temps et en heures. C’est bien la responsabilité de la direction de mettre les effectifs nécessaires pour que le travail soit réalisé en temps et en heures tout en respectant le droit du travail. Dans un rapport de force, cette contrainte temporelle est même une force ! En effet, une large mobilisation dans un service aussi essentiel pourrait obtenir des réponses rapides à ses revendications tant son travail est critique et fait peser des risques légaux sur une direction qui est bien obligée de payer ses salarié·es !

Nous espérons aussi mettre ces problèmes à la lumière du jour auprès du plus grand nombre dans l’entreprise. Le service de paye est, pour nous toustes, notre garantie de pouvoir payer nos factures chaque mois. Il nous est primordiale de les accompagner dans leurs actions.

Dessin illustrant un cycle de problèmes qui s’entraînent les uns les autres. On peut voir que "Absence de collègues" entraîne "Pas de backup", qui entraîne "Surcharge de travail", qui entraîne "Facteurs de risques pour la santé", qui entraîne "Absence de collègues", qui entraîne "Pas de backup", etc.

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Publié le :
22 octobre 2026