Nous sommes tous·tes antifascistes. Ce slogan est répété à chaque manifestation et à chaque mobilisation le 8 mars. Nous constatons la montée du fascisme en France et partout dans le monde, et avec des groupuscules et des collectifs qui se disent féministes comme Némésis.
C’est pourquoi il est nécessaire de rappeler qu’être féministe induit obligatoirement d’être antifasciste.
Fascisme et rôles genrés
La défense des femmes et minorités de genre est incompatible avec les idées fascistes. Puisque le fascisme institutionnalise la domination masculine sur des bases essentialistes et biologisantes (les femmes seraient irrationnelles, douces, dociles, maternelles, puisque dotées d’un utérus elles devraient avoir pour fonction sociale d’enfanter, etc.), dans les sociétés fascistes toutes les personnes qui sortent du cadre de la féminité hégémonique (femmes trans, lesbiennes, racisées, hors des standards de beauté, célibataires par choix ou même simplement jugées trop indépendantes) représentent une menace pour l’unité et la discipline de la nation.
Mais le gouvernement libéral actuel tient aussi une responsabilité dans la pente glissante vers le fascisme quand il décide d’intervenir dans la sphère intime en sommant les françaises de mettre leurs corps au service du « réarmement démographique ». La parole étatique est ici un énième outil au service de la domination des hommes sur le corps des femmes. Et ce terme guerrier n’est pas choisi au hasard puisque quelques mois plus tard ce même gouvernement ira jusqu’à suggérer au peuple français « d’accepter de perdre ses enfants » à la guerre. Voilà donc le rôle social des femmes dans une société acquise aux idées fascistes : produire de la chair à canon pour des guerres idéologiques et impérialistes. Alors, heureuses ?
Une résurgence des idées réactionnaires
Pourtant il n’est pas rare d’entendre à la machine à café que « elles ont déjà gagné l’égalité que veulent-elles de plus ? » ou « elles détestent les hommes ! ». Or l’émergence récente et fulgurante de la mouvance masculiniste est la preuve, à la fois de la haine réelle d’une fraction radicalisée de la population masculine envers les femmes, mais aussi de la nécessité perpétuelle des combats féministes.
Ce courant d’extrême droite (particulièrement décomplexé sur internet) se manifeste par des discours et des comportement hostiles aux féministes et aux femmes en général. Il s’oppose à l’abolition des privilèges patriarcaux et à la transformation des rapports de genre.
Mais le féminisme n’est pas qu’une affaire de genre. Le féminisme est avant tout une affaire d’égalité. Le Haut conseil sur l’égalité vient d’émettre un rapport en janvier 2026. Il alerte sur la persistance des stéréotypes sexistes. En voici quelques chiffres pour le démontrer :
- 84 % des femmes ont déjà vécu au moins une situation sexiste.
- 81 % des femmes de 15 à 24 ans estiment qu’il est désavantageux d’être une femme.
- 65 % des réponses jugent l’action des pouvoirs publics insuffisante face au sexisme.
- 60 % des réponses considèrent que les féministes ont des demandes exagérées envers les hommes.
- 78 % considèrent que les hommes doivent assurer la responsabilité financière de la famille.
- 24 % des hommes considèrent normal qu’une femme accepte un rapport sexuel par devoir ou pour faire plaisir à son partenaire.
- 82 % des réponses désapprouvent les images pornographiques pour leur caractère dégradant.
- 63 % en consomment tout de même.
Le rapport met également en évidence une fracture générationnelle persistante : plus l’âge augmente moins les inégalités entre les femmes et les hommes sont perçues comme structurelles. À l’inverse les jeunes générations identifient plus clairement le caractère systémique du sexisme dans la sphère publique comme dans le privé. Les données confirment l’ampleur des violences masculines. Le sexisme ne doit pas être une fatalité, combattre le sexisme, c’est être féministe !
Capgemini, bon élève du progressisme ?
Alors peut-être trouverez vous que le fascisme n’impacte pas quotidiennement notre condition féminine, et que Capgemini essaye d’ailleurs d’agir pour l’inclusion et l’égalité. Pourtant en tant que salariées, parallèlement au pinkwashing des e-learning soporifiques, nous pouvons être amenées à agir au service de politiques fascistes et antiféministes à notre insu. En effet à la CGT Capgemini nous avons été le premier syndicat à dénoncer la collaboration de notre entreprise avec les services fédéraux du gouvernement Trump (qui s’illustre régulièrement par ses propos d’un sexisme crasse) et sa police anti-immigration qui tue des citoyen·nes américain·es. Capgemini fait également usage de l’outil décrié de surveillance de masse Palantir, propriété du milliardaire technofasciste Peter Thiel. Ainsi notre condition salariale peut nous contraindre à nourrir le monstre qui nous opprime.
Ces « féministes » au service du fascisme
L’actualité sur les violences à Lyon à mis une fois de plus les projecteurs sur le groupuscule fasciste, Némésis. Ne nous trompons pas, ce collectif auto-revendiqué « féministe » d’extrême droite n’est pas du féminisme. C’est du fémonationalisme, c’est à dire l’instrumentalisation des droits des femmes et du discours féministe à des fins nationalistes, identitaires et racistes.
En effet, le quotidien l’Humanité a publié des échanges privés qui révèlent que les militantes de cette organisation se proposent de servir « d’appâts » à des militants fascistes lors de happenings pour attirer les militants antifascistes dans des guet-apens et provoquer des rixes, comme celle qui a entraîné la mort du jeune militant néofasciste Quentin Deranque. Sa responsable, invitée régulière des médias mainstream, déverse librement sa parole raciste et xénophobe à l’occasion d’affaires de violences sexistes et sexuelles qui peuvent servir son narratif identitaire, donc exclusivement celles impliquant des personnes d’origines étrangères. Nous combattons cette idéologie mortifère et nous rappelons que la domination masculine et patriarcale ne repose pas sur l’origine des individus. Le féminisme soutient toutes les personnes qui subissent le continuum des violences sexistes, quelle que soit l’origine des agresseurs. Ce collectif identitaire d’extrême droite ne fonctionne qu’au scandale, au mensonge et au soutien des médias complices qui relayent leurs actions.
Aux États-Unis, c’est le mouvement « tradwife » qui trouve dans les réseaux sociaux un support de diffusion massif d’une image fantasmée et rétrograde de la femme au foyer occidentale. Cette fée du logis renonce volontairement aux acquis des luttes féministes historiques (indépendance financière et sentimentale, droit de travailler, droit de voter, choix vestimentaires, etc.), pour préparer son propre pain, nettoyer sa maison bourgeoise de campagne et gérer l’éducation de ses trois enfants avant le retour de son mari en costard, attaché-case rempli du fruit de son labeur. Loin du choix personnel et légitime de certaines femmes de se consacrer exclusivement à ces tâches domestiques non valorisées et non rémunérées en société capitaliste, cette figure glamourisée, aidée par une esthétique douce et nostalgique des années 50 n’est qu’un cheval de Troie pour dédiaboliser l’idéologie fasciste.
À la CGT Capgemini, nous ne sommes pas dupes de ces tentatives d’entrisme ou de provocation des luttes féministes intersectionnelles. Notre féminisme tient compte des rapports de domination variés qui se combinent au sexisme et en sont des facteurs aggravants (racisme, classisme, validisme, lgptphobies, etc.).
Nous réaffirmons que les agitatrices de Némésis et autres collectifs fémonationalistes représentent une menace fasciste et n’ont pas leur place dans les mobilisations féministes. Le fascisme est un système idéologique qui institutionnalise les différentes formes de domination dont le sexisme et la misogynie. Le combattre est un impératif de notre engagement féministe.