Capgemini : du greenwashing à l’échelle mondiale
Capgemini proclame un objectif « net zero carbon » (zéro émission nette de gaz à effet de serre) au niveau mondial à l’horizon 2040. Ce n’est absolument pas une exception parmi les ESN : les principaux concurrents affichent peu ou prou des objectifs similaires. Mais au-delà de l’effet d’annonce, comment l’entreprise compte-t-elle s’y prendre pour atteindre cet objectif de neutralité carbone ? L’expertise libre commandée par le CSEC apporte un éclairage instructif sur la stratégie environnementale du groupe.

Capgemini prévoit de diminuer ses émissions de gaz à effet de serre de 90 % d’ici 2040 par rapport à l’année de référence 2019. Pour les 10 % restants, Capgemini les compensera financièrement en achetant des « crédits carbone ». Le capitalisme est décidément un système formidable : il permet d’acheter tout et n’importe quoi, notamment d’acheter pas cher des droits à polluer ou à aggraver le réchauffement climatique. Pour cela, une somme de 86,5 millions d’euros a été prévue, une goutte d’eau dans la vague de bénéfices du groupe qui ont dépassé les 1,6 milliards d’euros en 2024.
En 2024, Capgemini a communiqué sur une réduction de 35 % de ses émissions de gaz à effet de serre en 5 ans : on est encore loin de l’objectif des 90 %. De plus, on peut raisonnablement douter de la véracité des chiffres, pour chaque source d’émission, avancés par Capgemini. En effet les situations sont très différentes d’un pays à l’autre et il n’existe aucun organisme indépendant qui soit capable de procéder à des vérifications à l’échelle mondiale
Prenons l’exemple de la consommation électrique. Capgemini déclare l’avoir réduite de 42 % depuis 2019 : c’est peut-être faisable, grâce à la location de bâtiments neufs beaucoup moins énergivores, et la multiplication des projets immobiliers en France en offre un indice. La réduction annoncée des émissions associées est de 92,8 % et repose sur le recours à l’énergie renouvelable. Si l’électricité fournie par des panneaux solaires installés sur des bâtiments Capgemini est incontestablement de l’énergie renouvelable, elle ne représente que 8 % de la consommation du groupe. Qu’en est-il de l’électricité achetée sous l’étiquette « renouvelable » à des fournisseurs répartis dans 42 pays ?
Pour ses achats de biens et de services, Capgemini ne déclare qu’une réduction de 1,5 % de ses émissions de gaz à effet de serre. affichées par les fabricants d’ordinateurs, les éditeurs de logiciels, les hyperscalers, etc. Or, et le scandale du « dieselgate » l’a clairement illustré, les fournisseurs ont tendance à minimiser énormément leur contribution au réchauffement climatique. De plus, le recours par Capgemini à de plus en plus à de services IA ne va pas dans la bonne direction.
Pour les trajets domicile-travail, Capgemini s’appuie sur une enquête mondiale censée recueillir les pratiques de mobilité et les conditions de télétravail des salarié·es : quel est le taux de réponse, quelle est la marge d’erreur ?
Pour la France, ce n’est pas mieux
Au niveau France, Capgemini communique au minimum. Le dernier bilan officiel publié par Capgemini France de ses émissions de gaz à effet de serre remonte à 2021. Il n’a pas été ré-actualisé depuis, ce qui ne permet pas de suivre son évolution. De plus ses chiffres diffèrent sensiblement de ceux transmis pour la France par la « Carbon Accouting Team, une équipe basée en Inde qui collecte les données du groupe pour tous les pays : par exemple les émissions de gaz à effet de serre liées aux trajets domicile travail y sont inférieures de… 70 %.
La législation française impose aux grandes entreprises de consulter le CSE sur leur stratégie environnementale. Pourtant la direction refuse, prétextant avoir informé l’IWC (une vague représentation des salarié·es de Capgemini au niveau mondial). Pour la contraindre à respecter cette obligation légale, il faudrait que le CSEC este en justice : l’expérience de ces dernières mandatures montrent que c’est très loin d’être gagné.
Un dernier projet immobilier pour 2025 : Dijon
Exceptionnellement la direction a présenté un projet immobilier ou serait accru le nombre de postes de travail. Il faut dire que la situation est franchement catastrophique sur le site de Dijon : sur les 40 salarié·es rattaché·es au site, 17 y travaillent et se « partagent »… 3 postes de travail, soit 1 poste de travail pour quasiment 6 salarié·es. Même la direction trouve que ce n’est pas assez : elle projette un déménagement pour le 2e trimestre 2026 sur un espace un peu plus grand dans le même immeuble. Bon, ne rêvons pas, il n’y aura que 8 postes de travail, ce qui en fait 1 pour un peu plus de 2 salarié·es.