Capgemini fait la une des médias ces derniers jours.
Plan de Rupture Conventionnelle Collective (RCC) avec plus de 2400 suppressions de postes, scandale pour sa participation active aux activités de l’ICE, sans oublier il y a quelques mois le scandale autour de la captation abusive du Crédit Impôt Recherche.
Si l’annonce du plan social est une opération de communication, le scandale de l’ICE, lui, n’était pas prévu et a un retentissement important parmi les salarié·es, mais aussi dans l’opinion publique.
Beaucoup d’entre nous ont été sollicité·es par leur famille, leurs ami·es, leurs connaissances à ce sujet en nous demandant si nous n’avions pas honte de travailler pour cette entreprise et si nous étions complices.
Beaucoup de collègues nous font part de leur dégoût, de leur colère et de leur honte.
Il n’y a qu’à voir le succès de notre pétition pour prendre la mesure de ce qui est en train de se passer.
Indépendamment du scandale, il faut dire que cela vient percuter les valeurs du groupe affichées par le Groupe.
Non-respect de la charte éthique du groupe
Ce n’est pas simplement une remise en cause d’une des valeurs ou de l’éthique que devrait respecter le groupe :
« C’est notre engagement envers nos valeurs fondamentales et notre conviction de faire des affaires de manière éthique qui nous distinguent depuis le début et qui continuent de le faire aujourd’hui. » , « dans le cadre d’un parfait alignement avec nos Valeurs. »
Cette violation des droits humains n’aurait jamais dû exister :
« Notre attachement aux droits humains constitue la base de notre Charte Éthique, ainsi que d’autres politiques »
Une justification peu convaincante…
C’est pourquoi nous avons beaucoup de difficulté à croire Aiman Ezzat lorsqu’il affirme ne pas être au courant parce que la législation américaine permettrait de garder le secret. D’autant qu’en quelques clics, on arrive facilement sur des sites du gouvernement fédéral Etasunien qui nous permettent de consulter le détail de ces contrats.
D’une part, Capgemini c’est le monde de la surveillance en continu : tout est contrôlé, la moindre formation en retard est automatiquement dénoncée, les managers sont encouragés à signaler le moindre événement sur leur projet, les PC sont équipés de mouchards etc.
En résumé : tous les leviers du techno-fascisme et du contrôle des salarié·es sont présents au quotidien dans notre travail.
Big Brother vous regarde, même chez vous en télétravail.
De plus, la loi sur le devoir de vigilance impose aux groupes tels que Capgemini de prendre les mesures pour se prémunir des risques par rapport aux conséquences de son activité sur le plan social, sociétal et environnemental.
Qu’a mis en place le groupe pour éviter cet accord honteux ? Aucun garde fou n’existe. Que ce soit de l’autre côté de l’Atlantique ou chez nous.
Rien qu’au regard de la charte éthique, ce business n’aurait jamais dû pouvoir exister.
Enfin, cela pose également la question de l’utilité de l’outil speak up pour alerter. Des collègues nous ont même dit que des dirigeant·es auraient oublié de faire leur formation sur l’éthique.
Vente de CGS : un effet d’annonce
Au regard de ses valeurs, la CGT Capgemini ne saurait se satisfaire de l‘hypothétique vente de CGS. Nous exigeons toujours l’arrêt de la collaboration de CGS avec ICE. Et ne pouvons tolérer que l’activité perdure le temps de trouver un repreneur.
Par ailleurs, si une vente devait effectivement avoir lieu, nous revendiquons que la clause de conscience – qui nous a été garantie par Aiman Ezzat lors de sa rencontre du 30 janvier avec les organisations syndicales – soit également appliquée aux salarié·es américain·es qui ne souhaiteraient pas continuer de travailler pour CGS, et qu’une proposition de reclassement dans le groupe leur soit proposée.
« Quelqu’un peut refuser pour des raisons personnelles/éthiques. Je n’ai aucun problème avec ça. Je ne suis pas au courant de cas de sanction, mais je considère qu’on ne doit pas pénaliser quelqu’un pour un refus motivé par des valeurs. » (A.Ezzat le 30/01/2026)
Une éthique à deux vitesses
Dans une période de militarisation (Macron nous promet un réarmement et relance le service militaire) et de la mise en place d‘une économie de guerre, quelle est la position du groupe par rapport à des projet d’armement ? Comment sont pris en compte les droits humains ?
De plus, l’annonce du plan de suppression de postes visant à faire des gains de rentabilité sur notre dos provoque bon nombre de craintes. En particulier sur la « mobilité interne ».
À l’heure du télétravail généralisé, il parait difficile de justifier des mobilités géographiques imposées pour permettre à la direction de faire jouer les clauses de mobilité. Mais qu’en sera-t-il sur les projets militaires ?
Si un·e salarié·e se voit proposer une mission dans le domaine de l’armement et fait jouer son objection de conscience, quelles seront les conséquences dans le contexte de ce plan de suppression de postes ?
Pas sûr que nous puissions bénéficier de la mansuétude revendiquée par Aiman Ezzat le 30 janvier 2026.
En l’absence de texte écrit comment faire jouer cette “clause” ?
Autre élément déjà visible : la multiplication des PRPA pour envoyer un message aux salarié·es et les dégouter quel que soit le niveau de travail fourni.
Ethique, ou pas, le PRPA ?
Capgemini et l’argent public
Il n’y a qu’a revenir en arrière de quelques mois pour se rappeler que déjà le groupe n’a pas respecté ses valeurs en captant indûment du Crédit Impôt Recherche (CIR).
Le magazine Complément d’enquête de France 2 a démontré que le groupe organisait une véritable fraude. Notamment en faisant passer des taches administratives pour des actions de recherche. Aucune réaction, aucune déclaration du groupe. Et pour cause…
Voilà les chiffres qui ont été fournis par la direction à l’occasion de la négociation sur les salaires :
| CIR 2023 |
35 633 925 € |
| CIR 2024 |
42 593 800 € (+20 %) |
| Impôt sur les sociétés |
| 2023 |
36 533 881 € |
| 2024 |
20 399 309 € (-44 %) |
Le groupe dans sa totalité paye moins d’impôts qu’il ne capte de CIR. Et c’est sans compter le CIR pour l’UES Altran ainsi que toutes les autres formes de subventions et crédits d’impôts dont nous n’avons pas la connaissance.
La direction de Capgemini ne révèle pas ces données.
Capgemini n’a pas besoin de subventions publiques
Le groupe est très content de bénéficier de moyens de transport et de communication efficaces. Le système scolaire qui permet de bien former les salarié·es qu’il recrute. Il apprécie certainement l’efficacité de notre système de santé. Il permet d’être présent·es un maximum de jours au travail pour produire et facturer à nos clients…
En résumé, Capgemini bénéficie très largement de nos services publics.
Mais quand il s’agit de contribuer, financer et faire sa part, là en revanche…
Comme la CGT Capgemini le dénonce, un groupe comme Capgemini qui fait plus d’un milliard et demi de bénéfices (et qui en donne plus d’un milliard aux actionnaires) a-t-il besoin de ces quelques millions d’euros ?
Ils seraient bien plus utiles pour faire de la vraie recherche. Ou pour financer nos services publics pour lesquels on nous dit qu’il n’y a plus d’argent pour les financer.
La CGT Capgemini demande une totale transparence du groupe sur l’agent public qu’il perçoit. Et que les montants soient fournis aux syndicats.
Une clarification nécessaire
Tous ces éléments démontrent de façon évidente que l’éthique n’est utilisée que pour la communication et pour s’offrir une belle image mais que la réalité est tout autre.
Le groupe doit assumer sa responsabilité et prendre les actions nécessaires. La loi l’impose sous peine d’amende et la situation l’exige.
Le groupe doit évoluer pour mettre ses pratiques en phase avec son discours et son image.
A moins qu’elle ne préfère renoncer à son éthique et assume sa recherche du profit quel qu’en soit le prix.
Mais nous avons le droit de savoir pour qui nous travaillons.